VLAN multiculturel, par Patrick Sessler

VLAN multiculturel, par Patrick SesslerC’est sous ce titre que Jean-Paul Langhoor, directeur de Vlan Bruxelles signe son éditorial du 5 décembre 2012. En effet, désormais le toutes-boîtes gratuit de la capitale comprendra chaque semaine une page en Arabe et une autre en Turc. Chaque fois qu’on a l’impression d’avoir atteint une niveau d’absurdité insurpassable dans la spirale de folie autodestructrice qui caractérise l’establishment, il se trouve toujours l’un ou l’autre cacique prêt à reculer les frontières du réel.

Quoique, à la lecture de son éditorial, on sent que Monsieur Langhoor n’est pas sûr de lui, qu’il craint quelques réactions négatives, qu’il risque de ne pas être bien compris. Alors le directeur du Vlan nous explique, montre, démontre, argumente, comme il peut, en marchant sur des œufs. Ce faisant, ce «faiseur d’opinion» ne se rend pas du tout compte qu’il tient un propos particulièrement méprisant pour d’autres bruxellois, nettement moins exotiques, en l’occurrence les Bruxellois flamands. Nous vous livrons un aperçu de la prose de Monsieur Langhoor, cela vaut le détour.

«Qu’on ne s’y trompe pas: cette mini-évolution de votre Vlan ne doit pas être perçue comme autre chose que de coller à la nouvelle réalité de notre capitale !»

Si vouloir mettre sur pied d’égalité avec nos cultures traditionnelles et nos langues officielles des cultures et des langues non-européennes sur notre propre territoire est une mini-évolution», à quoi doit-on s’attendre demain.

Mais que se cache-t-il derrière ce qui ne peut être perçu que comme une stratégie concertée ?

Le Vlaams Belang sait de quoi il retourne: il s’agit, à terme, de faire reconnaître les Arabes et les Turcs installés à Bruxelles comme minorités nationales au sens de la Convention-cadre (Conseil de l’Europe) pour la protection des minorités nationales, ce qui leur permettrait de revendiquer les droits qui en découlent comme la possibilité d’utiliser leur propre langue dans leurs relations avec les autorités, l’ajout des noms de rue et des noms de lieux sur les panneaux destinés au public en arabe et en turc, un enseignement prodigué dans ces langues, etc.

Dans le futur dossier de reconnaissance de ce statut de minorité nationale aux communautés arabe et Turque, gageons que l’initiative de Vlan fera partie des pièces probantes visant à démontrer que cette reconnaissance n’est que l’officialisation d’un état de fait. Rappelons-nous que les politiciens francophones revendiquent le même statut en faveur des francophones de la périphérie bruxelloise. Le Vlaams Belang ainsi que l’ensemble des formations politiques flamandes s’y sont toujours opposés, non seulement dans le but de conserver leur identité flamande aux communes flamandes, mais aussi, pour le Vlaams Belang en particulier parce que cette reconnaissance aurait été instrumentalisée afin de décrocher ce même statut pour les communautés arabe et Turque à Bruxelles. Soulignons par ailleurs que l’initiative de Vlan n’est qu’une nouvelle étape dans ce processus, les Bruxellois ont désormais l’habitude de recevoir des publications officielles traduites en arabe et en turc, qu’elles émanent des autorités communales ou de Bruxelles-propreté.

Par ailleurs, nous ne pouvons pas ignorer que dans ce dossier, culture, langue et religion sont intimement liés en ce qui concerne ces deux communautés. Au-delà de émergence de ces langue dans le paysage de nos communes, les Bruxellois ont déjà pu se familiariser avec les «accommodements raisonnables» (une expression qui traite de la tentative des sociétés laïques de s’accommoder des exigences des différentes minorités religieuses au sein de la société civile. C’est une expression d’origine québécoise mais qui s’étend à d’autres pays francophones confrontés au même phénomène comme la Belgique) comme les piscines non-mixtes, les repas hallal dans les cantines scolaires ou à la STIB, abattages rituels, etc. C’est une façon de nous préparer à l’étape suivante.

L’éditorialiste de Vlan est ravi de constater que Bruxelles est devenue «une ville cosmopolite comme il en existe peu dans le monde» et, comme il est le gardien des «valeurs» de la multiculturalité, il nous «invite à oser «franchir» certaines frontières socio-culturelles», « vous y découvrirez un monde accueillant, authentique, étonnant, déroutant parfois…».

Monsieur Langhoor habite-t-il Bruxelles-ville, Molenbeek, Anderlecht, Saint-Josse, Schaerbeek ? Habite-t-il en Région bruxelloise ? Si non, on peut comprendre son enthousiasme naïf, si oui, il est grand temps de consulter un ophtalmologiste. Déroutant.

Serait-il un extrémiste wallon ? On serait tenté de le croire puisqu’il s’attaque à la communauté flamande à Bruxelles, comme on le verra plus loin et qu’il nie aux Bruxellois le droit de revendiquer une identité propre. Pire encore, il considère que l’absence d’identité constitue une identité en soi: «Ceci (le multiculturalisme) ne peut, à terme, que renforcer notre identité unique que personne ne souhaite voir disparaître. Être Bruxellois c’est, je vous le rappelle, être un vrai zinneke. Hier un mélange entre le Flamand et le Francophone, demain, entre ces deux derniers et les Marocains, les Turcs, les Européens».

Il lui échappe complétement que les Flamand et les Francophones partagent entre eux et avec de nombreux européens une histoire commune, une civilisation commune, souvent une religion commune et des valeurs très proches, ce qui n’est pas le cas avec les cultures arabe et Turque. Ce qui est une évidence pour tout le monde ne l’est pas pour le directeur de Vlan qui vit donc dans un monde imaginaire.

Là où il dépasse les bornes, c’est quand il s’attaque littéralement à la communauté flamande de Bruxelles: «Certes, les esprits chagrins regretteront le temps où «Bruxelles brussellait» exclusivement en français. Ce temps-là est révolu même si le français reste et restera la «lingua franca» (langue véhiculaire) de la Région».

Bruxelles n’a jamais brusselé exclusivement en français. Comment peut-on dire d’un côté que les Bruxellois sont des zinneke issu d’un mélange de Flamands et de Francophones et ensuite affirmer que Bruxelles ne brusselait exclusivement qu’en français? Sa haine des flamands l’aveugle au point d’oublier complètement que Bruxelles à un statut institutionnel bilingue. La loi ne reconnait que le français et le néerlandais à Bruxelles, point.

Permettons-nous également de lui rappeler que Bruxelles est à l’origine une ville exclusivement flamande et que l’identité bruxelloise, qui existe bel et bien, que cela lui plaise ou non, est évidemment imprégnée de culture flamande, bien plus que de culture arabe ou turque, encore aujourd’hui, même si l’image rendue par nos rues n’en fait pas la démonstration.

Le plumitif du Vlan sent que sa petite idée ne vas pas faire directement l’unanimité, dès lors il prend ses précautions. L’attaque est la meilleure des défenses, après avoir tiré sur les vieux bruxellois et sur les flamands, il fustige, à titre préventif les éventuels rétifs: «Nous savons les Bruxellois «de souche» assez ouverts pour cette évolution: ici pas de place pour les extrémistes de tous bord». Voilà, ceux qui ne tombent pas en pâmoison pour le modèle de société que propose Vlan sont donc forcément des «extrémistes», et même probablement des extrémistes flamands, ce qui pour le sieur Langhoor doit être l’incarnation du mal absolu. Exiger que les lois linguistiques soient appliquées et regretter l’époque où Bruxelles brusselait, voilà qui suffit sans doute à être catalogué comme «extrémiste» par Vlan. Bien, on ne se sentira pas seul.

Emporté par son élan, l’éditorialiste trouve des accents lyriques émouvants: « Notre région est comme une île au cœur de l’Europe et nous sommes tous conscients que, malgré nos différence, il est des choses fondamentales qui nous unissent: la liberté, la tolérance, le respect et l’amour de notre ville».

Point de vue de boy-scout ou hypocrisie calculée? La vérité est qu’entre les cultures européennes et en particulier les deux cultures officielles à Bruxelles, flamande et francophone et les cultures arabe et turque, il y a des «choses fondamentales» qui nous séparent. Faut-il rappeler les mariages forcés, les statistiques de la criminalité et la composition de la population carcérale, les comportement asociaux révélés par la presse, le statut de la femme, la séparation de l’église et de l’état… la liste est longue. Et quant à l’amour de notre ville que nous aurions tous en commun, gageons que Monsieur Langhoor n’a pas eu souvent l’occasion de discuter à cœur ouvert avec des représentants des communautés arabe et turque, il aurait alors sans doute compris que ce n’est pas toujours l’amour de notre ville qui justifie leur présence ici.

En conclusion, l’initiative du Vlan est un nouveau coup dur pour les Bruxellois de souche qui ne se reconnaissent plus dans leur ville. Ils s’y sentent de plus en plus exclus, discriminés, méprisés, insultés. Personne ne leur demande leur avis sur l’évolution de leur ville. Seuls ont la parole ceux qui bêlent avec les moutons. Les Bruxellois ont le choix entre la société multiculturelle et la société multiculturelle. Résultat, les Bruxellois fuient Bruxelles dès qu’ils le peuvent en laissant la place aux nouvelles cultures. La boucle sera bouclée et Monsieur Langhoor pourra éditer son vlan intégralement sous forme bilingue, arabe et turc et devra sans doute céder son poste de directeur à quelqu’un d’autre qui «collera plus à la réalité de notre capitale».

Pour le Vlaams Belang, ce scénario est inacceptable, nous continuons à nous battre, à dénoncer les dérives, à sonner le tocsin, inlassablement. Nous, nous restons à Bruxelles, aux côtés des Bruxellois et nous défendons notre ville pied à pied, sans fléchir et sans se laisser décourager par les missionnaires d’un ordre nouveau qui veut notre disparition.

Patrick Sessler

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