Poutine ou Obama ? L’Europe !, par Patrick Sessler

Poutine ou ObamaNous sommes nombreux à ressentir un sérieux malaise dans l’affaire ukrainienne.

D’abord parce qu’il faut se rappeler que c’est une insurrection (téléguidée ?) en février de cette année qui a démis le président Viktor Ianoukovitch pourtant légalement élu.

Du coup, premier malaise: pourquoi les démocraties occidentales toujours promptes à dénoncer les coups d’État, les prises de pouvoir par les armes et le non-respect du résultat des élections (processus démocratique par excellence), se sont-elles tant réjouies de ce que des insurgés aux motifs politiques peu clairs aient pris le pouvoir d’une façon digne des pronunciamientos sud-américains des années 60 et 70 ?

Second malaise, lorsque l’Union Européenne envoie du personnel politique en Ukraine pour soutenir le gouvernement «illégal» qui se mettait en place. On se souvient, entre autre, de Guy Verhofstadt surgissant sur un podium pour haranguer les foules. Spectacle inouï qui ne s’explique pas de prime abord. Pourquoi en Ukraine et pas ailleurs dans le monde, partout où le résultat des élections ne sont pas respectés ? Le dimanche 23 février, les insurgés se dotaient d’un chef d’État par intérim, Olexandre Tourtchinov, qui immédiatement se précipite dans les bras de Van Rompuy et Barosso.

Pourquoi ? Ah oui, nous allions presque l’oublier: parce que les insurgés étaient partisans de l’entrée de l’Ukraine au sein de l’Union Européenne et que le président Viktor Ianoukovitch, blackboulé, ne le souhaitait pas, ou plus, parce que les Russes lui avait sans doute mis les points sur les i concernant la dette de l’Ukraine vis-à-vis de la Russie concernant les livraisons de gaz.

Qui peut trouver anormal que celui à qui on doit de l’argent demande le remboursement de celui-ci ? Tout cela est stipulé dans des contrats tout de même.

Qui peut trouver anormal que la Russie défende ses intérêts dans les régions limitrophes de son territoire ? Qui peut trouver anormal que dans une lettre adressée à 18 chefs d’État européens le jeudi 10 avril 2014, le président Vladimir Poutine menace de fermer le robinet du gaz vers l’Ukraine si Kiev ne rembourse pas sa dette gazière, soit 2,2 milliards de dollars (1,6 milliard d’euros) ? Et le Président Poutine de rappeler la Russie n’avait cessé de «subventionner l’Ukraine», à hauteur de plus de 35 milliards de dollars ces quatre dernières années.

Qui peut donc s’étonner dans ces conditions de ce que la Russie se sentent grugée par un pays qu’elle a soutenu financièrement pour des montants astronomiques et qui, après un coup d’État, se tourne vers une Union Européenne qui se comporte en mouche du coche en méprisant ses propres principes.

Personne ne peut nier qu’il s’agit ici des intérêts géostratégique de la Russie dont il s’agit. Les 35 milliards de dollars d’aide prodiguée par la Russie à l’Ukraine sont à placer dans ce contexte.

Malaise encore, lorsque les barons de l’Union Européenne promettent une aide financière et économique à l’Ukraine en échange de leur entrée rapide au sein de l’UE. Pourquoi faire entrer l’Ukraine au sein de l’Union Européenne alors que son économie est catastrophique et que la corruption y est généralisée ? Pourquoi faut-il de toute urgence absorber ce pays en payant le prix fort et en oubliant toutes les règles en vigueur pour permettre à un État de solliciter son entrée au sein de l’UE ?

N’oublions pas que l’Union Européenne est déjà minée par une crise économique et sociale qui dure déjà depuis des années. Faut-il rappeler la situation de l’Espagne, de l’Italie, de la Grèce, etc ? Pourquoi faudrait-il s’encombrer d’un canard encore plus boiteux que ceux dont nous payons déjà tous les factures de leurs errements ?

Pourquoi devons-nous en toute circonstance nous profiler comme des caniches bien obéissants vis-à-vis des États-Unis, qui défendent ce qu’ils pensent être ses propres intérêts géopolitiques dans la région ?

Les peuples d’Europe n’ont aucun intérêt à se lier de cette façon avec les États-Unis et ils n’ont aucun intérêt à provoquer le géant russe.

Je constate que le grand discours sur la nécessité pour l’Europe de se doter d’une véritable politique étrangère commune est une plaisanterie.

Les peuples européens n’ont pas intérêt à se positionner positivement ou négativement par rapport à des puissances qui ne visent que l’affaiblissement de l’Europe dans le cadre de la concurrence économique mondiale.

Je dénonce pour ma part, l’ensemble du personnel européen qui se met au service de puissances hors-européennes concurrentes. Je suis convaincu que ces «positionnements» sont dictés par une forme de corruption des esprits et même souvent de corruption tout court.

Avec Poutine, lorsque les peuples européens y ont intérêt et avec Obama, lorsque les peuples européens y ont intérêt. Voilà la politique étrangère que doit mener l’Union Européenne. Et il n’y en a pas d’autre parce que c’est exactement comme cela que les États-Unis et la Russie mènent leurs barques diplomatiques. Ajoutons peut-être que sur les plans culturel, énergétique et géographique, la Russie est plus proche de l’Europe de l’Ouest que les États-Unis, ce qui devrait faire réfléchir nos dirigeant européens lorsqu’ils définissent notre politique étrangère sur le plan géostratégique. Mais pour cela, il faut qu’ils aient l’esprit libre et ce n’est visiblement pas le cas !

Patrick Sessler

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