Les illégaux séropositifs à Anvers et l’hypocrisie de la N-VA, par Patrick Sessler

La N-VA a fait un carton àLes illégaux séropositifs à Anvers et l’hypocrisie de la N-VA, par Patrick Sessler Anvers lors des dernières élections communales, c’est un fait. Et par conséquent, le très médiatisé Bart De Wever est devenu Bourgmestre et son égérie, Liesbeth Homans a été nommée Présidente du CPAS.

La fraîche émoule présidente épluche dare dare les dossiers et constate, horrifiée, que les illégaux malades du SIDA installés à Anvers peuvent être traités à l’aide d’antirétroviraux dans le cadre de l’aide médicale urgente. Ce traitement coûte 800 euros par mois par personne.

Les vedettes de la N-VA sentent le roussi électoral. Ils savent qu’ils ont été propulsés là où ils sont par un électorat du Vlaams Belang qui a été (pour un temps) sensible au chant des sirènes surmédiatisées. Pour la N-VA, la gageure est de taille: comment faire croire à cet électorat qu’ils vont mener une politique différente sur l’immigration tout en acceptant les règles du «politiquement correct» quand on se trouve dans une coalition avec ceux qui ont en partie créé le problème ?

Exercice particulièrement difficile. Dans un premier temps, le bon sens triomphe, les muscles se bandent et Madame Homans d’annoncer qu’il faut lier l’octroi de l’aide médicale urgente à une politique de rapatriement. Mais attention, ça, ça ressemble un peu trop à du Vlaams Belang et le spectre du «cordon sanitaire» rôde déjà. Donc, il faut tempérer l’effet d’annonce en précisant qu’il serait demandé à ces illégaux séropositifs de signer une lettre où ils s’engagent à quitter volontairement le territoire. Personne n’est dupe, ni vous, ni moi, ni Madame Homans. Les intéressés vont signer toutes les lettres qu’on voudra, des deux mains, des deux pieds, pour pouvoir rester ici et être soignés aux frais des contribuables belges.

En réalité, personne ne croit que ces illégaux vont volontairement quitter le territoire. Toujours est-il que les médias y ont senti comme un parfum de radicalité, alors Madame Homans en remet une couche en rappelant que les illégaux nécessitant un antirétroviral sont dans la pratique presque tous aidés à Anvers. Une fois de plus gênée aux entournures vis-à-vis de son électorat Vlaams Belang, l’égérie de Bart De Wever donne un petit coup de barre à droite pour justifier la faiblesse de sa position dans ce dossier: «Nous assurerons de la sorte les soins les plus urgents et nous éviterons une menace éventuelle pour la santé publique» dit-elle, rappelant ainsi le danger de contagion réel que constituent ces illégaux séropositifs. Extraordinaire performance d’équilibriste d’arriver à rassurer la gauche et la droite dans une seule phrase, même si c’est au détriment de toute cohérence.

Dans la même logique visant à ménager la chèvre et le chou, Homans pose une très bonne question: «La question est de savoir si un antirétrovirus doit par définition toujours être administré à des personnes qui séjournent illégalement et qui ont déjà reçu un ordre de quitter le territoire». Bonne question, mais très mauvaise réponse: «Notre réponse à cette question est nuancée et le CPAS d’Anvers préconise une approche au cas par cas».

Par ailleurs, il n’était pas très compliqué de prendre une attitude courageuse en la matière puisque l’autorité fédérale ne rembourse aux CPAS le coût des soins urgents comme les antirétrovirus que si ceux-ci répondent à un certain nombre de critères, comme la disponibilité du médicament dans le pays d’origine ou l’éventuel refus d’une régularisation du patient pour raison médicale. Il suffit d’appliquer les critères, c’est-à-dire appliquer la loi et refuser le bénéfice de cette aide à ceux qui ne remplissent pas les critères. Politiquement, la N-VA pourrait aussi, comme le fait le Vlaams Belang, déposer des propositions de loi et des propositions de décret pour limiter les abus sur base de l’aide médicale urgente ou pour exiger l’application stricte des critères.

Quand Madame Homans annonce, avec la fierté du paon que «L’année passée, le CPAS a déboursé plus de 250.000 euros de sa poche pour offrir un traitement d’urgence à des étrangers en situation illégale. C’est la preuve qu’Anvers est plus souple que ce que prescrivent les règles fédérales», elle crache littéralement au visage des milliers d’électeurs du Vlaams Belang qui lui ont fait confiance sur base du matraquage médiatique aveuglant autour de son parti et de son président. Elle accepte donc le principe qu’il faut se montrer encore plus laxiste que ne le sont les règles fédérales. On est loin des discours musclés de la campagne électorale, très loin.

Première question que se posera certainement l’électeur anversois temporairement séduit par Homans et consort est de savoir pourquoi un illégal qui a déjà reçu un ordre de quitter le territoire respecterait les termes d’une lettre où il s’engagerait à quitter volontairement le territoire. C’est évidemment risible et Madame Homans le sait.

Seconde question: la multiplication des voltefaces, des demi-vérités, des contradictions et des petites hypocrisies ne risquent-elles pas de lasser rapidement l’électorat de la N-VA en transhumance ? On ne peut décemment pas exiger le beurre et l’argent du beurre.

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