Interview de Gerolf Annemans (ancien président du Vlaams Belang)

Gerolf  Annemans (ancien président du Vlaams Belang)Dès après les élections du 25 mai 2014, Gerolf Annemans annonçait la tenue d’une élection interne afin de désigner un nouveau président national pour le Vlaams Belang. L’avènement d’une nouvelle génération avait déjà été bien préparée et il s’agissait dès lors de transmettre le flambeau de façon tout à fait concrète. Vérités Bruxelloises a pu s’entretenir avec le président sortant du Vlaams Belang qui porte un regard objectif sur ses deux années à la direction du parti, ce qui nous permettra d’entrevoir ce que sera son avenir.

Vérités Bruxelloises: Comment percevez-vous ces deux années passées à la tête du Vlaams Belang ?

Gerolf Annemans: J’ai pris mes fonctions lorsqu’il m’a semblé que c’était utile et nécessaire. Le parti avait besoin d’une personne dotée d’une part de l’expérience nécessaire à la préparation et à l’organisation des élections et qui d’autre part devait préparer et diligenter le passage du flambeau à une nouvelle génération. Le Conseil national du parti, l’organe suprême du parti, a considéré que j’étais cette personne et je me suis immédiatement voué corps et âme à cette double mission.

VB: Vous vous êtes donc toujours considéré comme un président intermédiaire ?

GA: Non. Une présidence intermédiaire suppose de la discrétion et de la fadeur. Ce ne pouvait pas être le cas. J’ai plutôt été un manager de crise qui a dû, ici et là, mettre les points sur les i. Ce fut le cas sur le plan financier, de la communication, de l’organisation et de la constitution des listes. Tout ceci avait pour but de permettre à la nouvelle génération de démarrer dotée d’un outil en ordre de marche. On pourra penser de moi ce que l’on voudra, mais j’ai l’intime conviction que j’ai réussi pleinement cette mission.

VB: Dès le début de votre mandat, vous avez annoncé que le Vlaams Belang devait moins faire la grimace et se montrer plus amène. Y êtes vous arrivé ?

GA: A en croire les électeurs, ce que je fais toujours, je n’y suis pas parvenu. Ou les électeurs ne s’en sont pas aperçus. Je suis tout à fait convaincu que la nouvelle génération qui siège actuellement dans les parlements sera parfaitement capable d’opérer l’indispensable changement d’image dont le Vlaams Belang a besoin. Mon avis est qu’on peut franchement mettre un bémol sur Robocop et mettre Uilenspiegel plus en lumière. Ce devrait être notre nouveau crédo.

VB: Les élections du 25 mai 2014 ont été catastrophiques, va-t-on en tirer les leçons qui s’imposent ?

GA: Ne pas le faire serait irresponsable. On ne peut pas nier l’évidence et il n’est donc pas pensable de continuer son train-train quotidien, comme si de rien n’était, après une telle défaite. Voilà pourquoi j’ai demandé à notre vice-président, Chris Janssens, dès après les élections, de rédiger une analyse en profondeur de la situation. Le Conseil national du parti s’est depuis lors penché sur cette analyse et en a approuvé totalement les conclusions. Les recommandations contenues dans ce document sont internes, mais je suis en mesure de vous annoncer qu’elles portent en elles les ferments d’un renouveau du Vlaams Belang.

VB: Personnellement, comment avez-vous digéré ces résultats ?

GA: J’ai dit le soir même des élections que les choix des électeurs m’avaient profondément touché. Et c’était effectivement le cas. Que des personnalités aussi brillantes que Joris Van Hauthem, Bart Laeremans, Hagen Goyvaerts ou Peter Logghe ne soient pas réélus est une perte gigantesque pour notre parti. Mais j’ai développé une peau d’éléphant avec les années de telle sorte que je suis en mesure de me relever rapidement et de reprendre immédiatement le combat. Je savais, dès le soir des élections, que l’opération de rajeunissement et de renouveau que j’avais initiée et pour laquelle j’ai travaillé avec tant d’acharnement ces dernières années devait rapidement se concrétiser. Avec Tom Van Grieken à la présidence, Chris Janssens comme chef de groupe au Parlement Flamand et Barbara Pas comme chef de groupe à la Chambre, il me semble que le décor est bien planté. Ils sont les nouveaux visages du Vlaams Belang de demain.

VB: Le Vlaams Belang s’est toujours positionné comme un parti d’opposition radical qui défend des principes. Faut-il modifier ce concept ?

GA: Le Vlaams Belang est depuis toujours le chien de garde de la politique belge. Nous étions, et nous sommes toujours, les puces dans le pelage des partis du statuquo belge. Il ne m’appartient pas de juger si nous devons changer de rôle. En ce qui me concerne, s’il y a bien un rôle que je refuse d’assumer, c’est celui de la belle-mère mêle tout qui va surveiller la nouvelle génération par dessus ses épaules. Comme Karel Dillen l’a fait en son temps avec nous, je donne carte blanche aux jeunes. Par leur jeune âge, ils ont par définition une meilleure vue sur les développements de notre société. Un certain nombre de choses ont peut-être échappé aux vieux briscards que nous sommes. Pour qu’il n’y ait pas de malentendu: je ne disparais pas du paysage ! Si nécessaire, je suis naturellement prêt à les aider par mes conseils ou mes actes, mais uniquement comme soutien et non de façon dirigiste. Cette époque est définitivement révolue.

VB: Les fervents du «cordon sanitaire», sous l’emprise de leur grande joie suite à notre déconvenue, affirmaient que finalement ledit «cordon» commençait à peine à donner des résultats aujourd’hui. Partagez-vous cette analyse ?

GA: Leur rêve de voir l’électorat du Vlaams Belang se vider s’est en effet partiellement réalisé. Mais le plus important pour eux était que grâce au «cordon», ils ont pu se maintenir au pouvoir et ainsi pérenniser la paralysie belge, quel que soit le choix des électeurs. Quoi qu’il en soit, nous avons, plus que n’importe quel autre parti, pesé lourdement sur la chose politique. Lorsque nous mettions en cause la société multiculturelle au début des années 90, nous avons été qualifiés de racistes. Aujourd’hui, même des gens comme Yves Leterme font cette analyse. Cette évolution et ce retournement des esprits est sans aucun doute à mettre au crédit du Vlaams Belang.

VB: Cet objectif n’est-il pas atteint ?

GA: Non, même si les esprits ont mûris, les portes de l’immigration restent grandes ouvertes. Il n’existe toujours pas de politique de l’immigration digne de ce nom. Des pays comme la Suisse ou le Danemark sont bien plus loin que nous sur ce point. Les pays membres de l’Union européenne doivent reconquérir leur souveraineté et leurs compétences en la matière et notamment en ce qui concerne les contrôles frontaliers. Seul le Vlaams Belang défend ce point de vue et nous devons continuer à le faire.

VB: En ce qui concerne le fédéral, un gouvernement sans le PS n’est-il pas un rêve politique pour le Vlaams Belang ?

GA: Il ne s’agit là que d’une donnée formative. Pour nous, l’essentiel se trouve dans le contenu. Ce que nous en savons aujourd’hui ne nous satisfait pas du tout.

VB: Comment interprétez vous la stratégie de la N-VA qui efface complètement son programme confédéral ?  

GA: La séduction du pouvoir était apparemment trop forte. C’est une loi Médique et Perse qui dit que si le désir du pouvoir prend le dessus sur le désir de défendre le contenu, on finit tôt ou tard perdant. On sait où l’on commence, mais on ignore où l’on finit. Malheureusement, la N-VA s’est laissée piégée, mais tout cela était parfaitement prévisible. Ce parti tenait un discours indépendantiste il n’y a pas si longtemps encore, plus tard ce discours est devenu confédéraliste et aujourd’hui, il se met au service d’une sorte de restauration de la Belgique. La dérive était annoncée.

VB: Vous siégez désormais au Parlement européen. Il ne s’agit pas d’un adieu à la politique ?

GA: Non, vous ne pourrez pas me soupçonner de désertion. Je vous garanti que vous aurez encore l’occasion de me voir à l’œuvre, mais dans un autre rôle. L’Europe vit une période passionnante en ce moment. On veut compulsivement évoluer vers une Union politique où les états membres sont de plus en plus réduits à des «quantités négligeables» et où les peuples n’ont absolument plus rien à dire. Nous allons nous opposer à cela, main dans la main avec nos amis du PVV, du Front National, du FPÖ et de la Lega Nord.

VB: Entre-temps, Tom Van Grieken a été élu président du Vlaams Belang. Quel conseil souhaitez-vous lui prodiguer ?

GA: Aucun (d’un ton très décidé). Laissons le prochain président décider ce qu’il estimera être le mieux pour le Vlaams Belang. Je suis heureux du fait qu’il s’agit d’un jeune parce qu’il sentira d’autant mieux l’esprit du temps que ne peut le faire ma propre génération.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *