Europe: dérégulation sociale, les filières bulgares et roumaines

Selon le ministre allemand des Affaires étrangères, Hans-Peter Friedrich, les manquements de l’Espace Schengen en matière de poursuite de la corruption se multiplient.«Selon le ministre allemand des Affaires étrangères, Hans-Peter Friedrich, les manquements de l’Espace Schengen en matière de poursuite de la corruption se multiplient. Des ressortissants non-européens peuvent obtenir un visa européen en Roumanie et en Bulgarie par corruption et grâce à cela se déplacer sans encombre et sans contrôle à travers l’Europe. Friedrich a raison de dire que les citoyens se prononcent contre l’élargissement de Schengen si toutes les conditions ne sont pas remplies. Plus fort encore: ces citoyens seront sceptiques en ce qui concerne la libre circulation. L’Allemagne craint l’immigration de la pauvreté et sa conséquence, à savoir le recours massif à la sécurité sociale par les Bulgares et les Roumains» (1).

Le gouvernement belge s’est tu dans toutes les langues dans cette discussion, ce qui ne veut pas dire que le pays ne sera pas confronté aux problèmes suscités par le déferlement de Bulgares et de Roumains. La journaliste Ine Renson traçait un portrait saisissant de la situation dans un grand article publié par De Tijd (2):

«Qui habite Gand ou y séjourne régulièrement l’aura sans aucun doute remarqué: la ville est envahie de Bulgares, de Roumains, de Tchèques et de Slovaques, mais surtout de Bulgares depuis quelques mois. En quelques années leur nombre est passé de quelques centaines à 4.000. Ils sont aujourd’hui le deuxième groupe d’immigrés à Gand, juste après les Turcs. Ce sont parfois des Roms, mais pas toujours. On les voit partout et pas seulement dans les quartiers typiquement habités par les immigrés aux confins de la ville. On voit dans de nombreuses rues du centre beaucoup de voitures immatriculées en Bulgarie.»

La quête d’information sur les histoires personnelles qui se cachent derrière ces plaques d’immatriculation livre un paquet de frustrations. L’invasion de ces ressortissants du bloc de l’Est n’est pas du tout aussi innocente qu’il n’y paraît. Des citoyens de l’Union européenne profitent largement du ticket en or que leur offre leur nouvelle citoyenneté européenne. En soi pas de problème, quoique l’idéal de la libre circulation des citoyens européens suscite des abus. De plus en plus d’abus même et à grande échelle.

Carrousels

Il n’y a pas seulement les magasins de nuit, il y a aussi d’autres entreprises dans les secteurs les plus divers qui inscrivent singulièrement beaucoup de Bulgares comme associés. Pour les Bulgares et les Roumains, un moratoire est encore d’application en ce qui concerne la libre circulation des travailleurs et ce jusqu’au 1er janvier 2012. Ils n’ont donc pas accès au travail, sauf dans une profession en pénurie de main d’œuvre ou s’ils s’installent comme indépendants. Cette dernière possibilité est utilisée massivement. Les petites sociétés avec des associés bulgares poussent comme des champignons. Dans certains cas extrêmes on dénombre jusqu’à 150 associés inscrits dans des activités qui ne paraissent pas le justifier. Le phénomène a attiré l’attention des services d’inspection qui ont remarqué que ces petites sociétés ne servaient en réalité qu’à faire venir ici des Bulgares et des Roumains et leurs familles.

«Les figures proéminentes de ces carrousels sont principalement des Turcs» affirme Christian Geirnaert, chef du service trafic des êtres humains de la police judiciaire fédérale de Gand. «Ils gardent ici une série de sociétés en activité et ils ont des hommes de paille qui recrutent en Bulgarie. De pauvres gens pour la plupart, sans perspective d’avenir. Les Turcs produisent un ticket vers la Belgique. Lisez: une preuve qu’ils sont inscrits comme associés dans la firme X ou Y. Ou ils produisent un contrat de travail issu d’une (fausse) société active dans un secteur en manque de personnel. Tout cela contre payement, bien entendu.

Munis de ces documents, ces européens de l’Est se rendent à la commune qui leur délivre un titre de séjour temporaire sans autre forme de procès. La dénommée E-carte (pour les citoyens de l’Union européenne) est valable 3 ans. Après trois années, cette E-carte est échangée quasi automatiquement contre un permis de séjour à durée indéterminée. Alors le séjour en Belgique est définitif.

Encarté

Une fois en possession de l’E-carte ou de l’annexe 19, ils se précipitent vers le CPAS, souvent le jour même parce qu’il y a de quoi faire: le droit à l’aide sociale, qui pour beaucoup d’Européens de l’Est constitue la seule raison qui rend la Belgique si attrayante.

Étrange pourtant. Pour pouvoir venir ici, les citoyens de l’Union européenne doivent pouvoir prouver qu’ils peuvent assurer leurs besoins. Pour avoir droit à l’aide sociale, il faut prouver qu’on est nécessiteux et qu’on ne dispose d’aucune ressource. Que se passe-t-il alors ? Ce Bulgare ou ce Roumain en question est viré de la société dont il était associé et qui lui a permis de débarquer en Belgique immédiatement après qu’il ait pris possession de son permis de séjour ou il n’est plus repris dans les métiers en pénurie de main d’œuvre. Dans la pratique, il n’a pas encore travaillé un seul jour, mais il peut demander de l’aide au CPAS qui peut lui octroyer, comme isolé, 740 euros par mois (…).

Regroupement familial

Ça va même plus loin. Une fois dans notre pays, le sujet européen peut faire venir sa famille. La Belgique est connue pour la souplesse de sa politique en matière de regroupement familial. Qui dispose d’un permis de séjour valable peut sans problèmes faire venir ici son partenaire et ses enfants de moins de 21 ans en provenance d’un pays de l’UE, ou même les enfants d’un mariage précédent (ce qui semble être très fréquent). Les enfants plus âgés, les parents et les grands-parents peuvent également venir, à condition que celui qui veut les faire venir prouve que ces personnes sont financièrement dépendantes de ses revenus depuis au moins six mois. A l’aide de bordereaux qui prouvent des versements réguliers, par exemple. Il doit également prouver qu’il dispose de suffisamment de place dans son habitation, mais il ne doit pas prouver qu’il sera en mesure d’assurer les besoins des membres de sa famille une fois qu’ils seront ici.

Les parents, une fois installés chez nous, peuvent à leur tour faire venir leurs autres enfants. A condition de prouver qu’ils peuvent subvenir à leurs besoins, ce qui, vu le commerce de faux documents de travail, ne peut constituer un réel problème. Et les enfants peuvent également, à leur tour, faire venir leurs partenaires en provenance de leur pays d’origine. Et cela continue ainsi à l’infini. La Belgique n’applique d’ailleurs pas d’interdiction en cascade en matière de regroupement familial. Cela signifie qu’en pratique, ce sont parfois des familles entières qui se présentent au CPAS. Les Etats membres de l’Union européenne connaissent désormais le phénomène sous le nom de «filière belge». Les cohabitants avec enfants mineurs à charge ont droit à 987,09 euros par mois. Chaque enfant majeur habitant sous le même toit a droit à 493,54 euros, par mois. Idem pour les parents et les grands parents habitant sous le même toit et également pour leurs enfants. Il n’est pas rare qu’une grande famille perçoive 3.500 euros d’allocations du CPAS sans oublier les allocations familiales majorées et bien sûr l’aide médicale gratuite».

Le plus remarquable est que la Commission européenne continue à s’entêter à nier le problème. C’est ce qui s’est encore produit lors du Conseil des ministres européens en mars 2013 dans le cadre de la discussion sur l’entrée ou non de la Bulgarie et de la Roumanie au sein de l’Espace Schengen. Le porte-parole de la Commission, Jonathan Todd, déclarait alors que «pas un seul pays membre n’avait apporté de preuve de l’existence d’un quelconque «tourisme aux allocations». Ce n’est pas un problème. Cela n’existe pas. Il existe dans certains pays membres une perception de problèmes dont l’existence ne repose sur aucun fondement» (3).

(1)   Carla Joosten, «Herbezinning », Elsevier, 9 maart 2013.
(2)   Ine Renson, «En ze kwamen uit het Oosten. Belgïe, het Eldorado voor Oost-Europese gelukzoekers», De Tijd, 2 octobre 2010.
(3)   «Friedrich ‘stoking anti-immigrant sentiment’», Spiegel Online, 8 mars 2013.

Cet article est une traduction d’un extrait du dernier livre du député européen du Vlaams Belang Philip Claeys. Cet ouvrage sera très bientôt disponible en français (gratuitement) et pourra être commandé sur ce site (www.sessler.be)

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