Enseignement: prime de risque pour les profs à Bruxelles ? par Patrick Sessler

Enseignement: prime de risque pour les profs à Bruxelles ? par Patrick SesslerLa situation dans les écoles de la Communauté française est plus que préoccupante, on le sait. Le niveau baisse chaque année en raison d’un véritable nivellement par le bas «organisé» par les penseurs de «l’école de la réussite». Ladite école de la réussite est un concept vide de sens. Elle implique que tous les jeunes doivent réussir, même (et sans doute surtout dans l’esprit des «penseurs  de gauche») s’ils en sont incapables. De la méthode globale en passant par la suppression des cotations chiffrées et le passage automatique à la classe supérieure, toutes les conditions ont été réunies pour que cette «école de la réussite» se solde par un dramatique échec. Mais il y a aussi la question de la sécurité dans nos écoles et plus particulièrement dans les grandes villes comme Bruxelles.

Le sujet ne prête pas à rire, loin de là, mais ce matin un article paru dans la version Internet de La Dernière Heure m’a bien fait rigoler.

Quatre chercheurs de l’ULB, membres du Groupe de recherche sur les relations ethniques, les migrations et l’égalité (Germe) ont planché sur «l’inégalité dans l’enseignement en Communauté française» et concluent que les enseignants qui pratiquent leur métier dans des écoles dites «défavorisées» devraient gagner plus que les autres.

Nos chercheurs ont constaté que ces écoles voyaient un renouvellement fréquent du corps professoral: «Peut-être devons-nous oser nous opposer à cette application assez simpliste du principe ‘à travail égal, salaire égal’. Est-ce bien normal que les enseignants aient le même niveau de revenu alors que leurs conditions de travail, les défis pédagogiques rencontrés et le niveau de stress diffèrent fondamentalement d’une école à l’autre».

Voilà encore un de ces petits bijoux de la pensée correcte et de la novlangue qui doit modérer les esprits frondeurs et occulter la réalité.

Disons les choses comme elles sont: ce qu’ils appellent «les défis pédagogiques» concernent des élèves allochtones rétifs à apprendre quoi que ce soit et «le stress» est la conséquence des violences verbales et de plus en plus physiques que subissent les enseignant de la part de ces «élèves» allochtones.

Le plus simple bon sens, qui nourrit le sens commun, voudrait que ce problème se règle par l’imposition d’une discipline de fer dans et aux alentours de ces écoles. On peut imaginer un système de sanctions pour les parents défaillants, à commencer par la suspension des allocations familiales pour ceux qui ne remplissent pas leurs obligations scolaires. Cette idée simple et efficace avait été reprise il y a peu par Thierry Willemarck, le patron des patrons bruxellois, qui répondait de la façon suivante au journal l’Écho sur le point particulier qui attire son attention en matière d’enseignement: «Il y a un trop grand laxisme vis-à-vis des jeunes. Il faut forcer la présence à l’école. Et ce n’est pas le rôle des professeurs mais des parents. Si cela ne s’améliore pas, il faut un pouvoir coercitif, par exemple suspendre les allocations familiales. Vous verriez pas mal de pères reprendre les choses en main et obliger leur fils ou leur fille d’aller à l’école. Si les choses rentrent dans l’ordre, les arriérés peuvent être payés. Il ne faut pas tourner autour du pot, on a toute une population d’origine maghrébine. Ces enfants sont nés en Belgique, souvent d’une deuxième génération. On ne peut pas les qualifier comme étant des étrangers. Ce sont des Belges. Mais ils sont issus d’une culture différente et ils sont dans un environnement où excusez-moi l’expression – il manque le coup de pied au cul».

Inutile de dire que le ban et l’arrière ban de l’immigrationnisme, dont les lobbies de l’immigration, les ligues, les centres et les «références morales» lui sont tombés dessus à bras raccourcis. Thierry Willemarck, qui n’en revient toujours pas, a été sommé de s’excuser, ce qu’il a fait, et une réunion avec les «entrepreneurs bruxellois de la diversité» a été organisée avec l’intéressé afin de «mettre au point un engagement positif concret en faveur des jeunes bruxellois et contre les discriminations et les préjugés à l’emploi dont ils souffrent».

Bref, Thierry Willemarck a pu classer sans suite sa petite idée, faire amende honorable et il doit désormais se mettre au garde-à-vous devant les chiens de garde de la nouvelle religion antiraciste et immigrationniste.

On voit clairement qu’il n’est pas possible de débattre sérieusement de ce problème tant que cette insupportable censure est imposée. Pourtant, la question est débattue depuis des années par des interlocuteurs dont le fond de la pensée est commune, sans que ne se dégage la moindre solution. Il est donc indéniablement nécessaire d’inclure des voix dissonantes à cette discussion.

Revenons à nos quatre chercheurs de l’ULB. Leur étude montre des écarts considérables entre les meilleurs élèves et les plus faibles, ce qui selon eux révèle un enseignement inefficace et inégalitaire. Ils dénoncent même une ségrégation académique et socio-économique.

Le sociologue Dirk Jacobs ajoute: «Ou bien on impose et organise la mixité sociale partout, en luttant activement contre la ségrégation. Ou bien on assure que les meilleures équipes se trouvent dans les écoles qui sont le plus confrontées à des défis. On doit pouvoir assurer qu’il y a une bonne école pour chaque enfant. Or, ce n’est pas le cas partout aujourd’hui».

Ceci mérite une petite minute de réflexion: imposer le mixité sociale et lutter contre la ségrégation dans les écoles, sorti de la pensée correcte et de la novlangue, signifie imposer la présence d’élèves allochtones partout et empêcher toute expression critique sur le sujet en la qualifiant de racisme et de ségrégation. C’est de cela qu’il s’agit. Cette vision est purement idéologique. Après l’échec cuisant des discriminations positives, autre marotte idéologique, les «penseurs de gauche» ont changé leur fusil d’épaule en s’appropriant la vieille idée de Jean Gol sur la «répartition spatiale» de l’immigration, appliquée ici à nos écoles. L’autre option préconisée consiste à ce que «les meilleures équipes se trouvent dans les écoles qui sont le plus confrontées à des défis. On doit pouvoir assurer qu’il y a une bonne école pour chaque enfant»: il s’agit donc d’extraire les meilleurs enseignants qui forment aujourd’hui des élèves sans problèmes dans des écoles «normales» pour les précipiter dans des établissements «difficiles» fréquentées par des élèves réfractaires à toute forme d’intégration (même appartenant à la deuxième ou troisième génération) et à toute forme d’effort et de discipline.

Nous savons déjà, et tout observateur attentif de l’évolution de la multiculturalité dans l’enseignement de la Communauté française devrait le savoir également, que «répartition spatiale» ou pas, «meilleures équipes» ou pas, si on n’envisage pas une politique «coercitive» en la matière, comme le propose Thierry Willemarck, ces mêmes «pédagogues de gauche» devront faire, dans 10 ou 20 ans, le constat de l’échec de cette vision là également. Qu’inventeront-ils alors ?

Piste que nos chercheurs, sociologues et pédagogues n’envisagent pas est la possibilité que certaines différences ethnico-culturelles rendent toute intégration et a fortiori toute assimilation impossible et donc toute intégration dans un système scolaire «occidental» pour un nombre considérable d’élèves. Autre piste également, la possibilité que l’école, comme représentation de la civilisation européenne, incarne l’ennemi désigné. En raison du repli communautaire, qu’il soit religieux ou ethnique, les institutions, dont l’école, sont de plus en plus souvent considérées comme les symboles d’une société qu’ils veulent rejeter à tous prix.

Si ces pistes de réflexion ne sont pas prises en compte, il est impossible de d’avoir une vue scientifiquement complète du problème et il est donc impossible de développer de réelles solutions à long terme. Voilà pourquoi cette étude, en l’état, est une occasion manquée d’avancer sur ce problème. A mon sens, il ne pouvait en être question pour des raisons idéologiques. La réalité ne les intéresse pas, ce qui leur importe est de faire passer leur interprétation des faits dans le cadre de leur idéologie antiraciste et immigrationniste. Cette nouvelle religion dogmatique qui par définition ne supporte pas la contradiction. Ce gauchisme conformiste et conservateur, ce calcaire mental, est non seulement responsable du statu quo, mais il aggrave la situation. Que diront-ils lorsque nous constaterons que même la troisième, la quatrième ou la cinquième génération n’est toujours pas intégrée et/ou assimilée et que les mêmes problèmes se posent ? Il est vrai qu’entre-temps, par l’évolution démographique, nos écoles urbaines présenteront une population allochtone ultra-majoritaire. Il ne sera en effet plus d’actualité de débattre sur l’intégration.

Aujourd’hui, quatre chercheurs de l’ULB proposent de payer plus les enseignants qui acceptent de prodiguer leur savoir dans les établissements difficiles à forte présence d’élèves allochtones et où les «défis pédagogiques» et «le niveau de stress» sont himalayens.

Une fois de plus appelons un chat un chat: il s’agit d’une prime de risque. Comme on l’octroie aux para-commandos ou aux démineurs en mission en zones de guerre.

Pense-t-on vraiment que l’octroi de cette «prime de risque» va susciter beaucoup de vocations ? Croit-on vraiment que des professeurs qui enseignent actuellement dans des écoles «blanches» vont se précipiter pour édifier les élèves des écoles de Molenbeek-Saint-Jean, de Schaerbeek ou de Saint-Josse ?

Et ceux qui répondraient à l’appel, est-on sûr que leur motivation sera autre que l’attrait de la «prime» ? Est-on certain que c’est leur idéal de «transmetteurs de savoir» qui les pousseraient à faire ce choix ? Parce qu’enfin, sans le feu sacré, il n’est pas concevable que l’on fasse ainsi le don de sa personne.

Si nous mettons en présence des élèves en rupture d’une société qu’ils vomissent et des enseignant qui cherchent la «prime», nous ne sommes pas certains que le résultat sera celui espéré par nos «penseurs de gauche». Bien au contraire.

Rappelons ici quelques chiffres qui illustrent la situation réelle et qui démontre l’inanité des propositions formulées par «l’intelligentsia»: 300 professeurs blessés en 2012, le nombre de certificats médicaux rentrés par les enseignants a augmenté de 30%, 300 enseignants ont rentré un dossier pour incapacité de travail suite à une agression physique ou verbale subie à l’école, 1.498 plaintes pour violence physique dans les écoles belges ont été enregistrées par les services de police entre janvier et juin 2012 (six mois) avec deux fois plus de plaintes en Wallonie et à Bruxelles qu’en Flandre, en 2011 on comptabilisait 2.560 plaintes. Dans 70% des cas, les agressions sont le fait des élèves et dans 11% des cas, il s’agissait des parents, 3.000 exclusions scolaires chaque année suite à des faits de violence physique (global professeurs et élèves).

Ce n’est pas en posant ces «mauvais élèves», comme nous disions autrefois, comme victimes du racisme et de ségrégations et en les exonérant, eux et leurs parents, de toute responsabilité que le problème se réglera. Ce n’est pas en «contextualisant», «excusant» en langage intelligible, les violences verbales et physiques dont sont victimes les enseignants que celles-ci cesseront. L’école doit être un sanctuaire inviolable et non pas le terrain d’expérimentations pour pédagogues et sociologues marxistes. La violence relève du droit commun. Les lois doivent être appliquées. Le maintien de l’ordre et le respect des lois doivent être garantis par la police, les cours et les tribunaux. Rien, je dis bien rien, ne peut déroger à ce principe fondamental.

On souligne aujourd’hui l’augmentation spectaculaire de nombre d’exclusions d’élèves hors des écoles. Il y a quelques raisons objectives à cela: le laxisme généralisé qui implique un sentiment d’impunité chez les «mauvais élèves», un ras-le bol généralisé chez les enseignants qui quittent ou souhaitent quitter ces établissements «difficiles» et le fait que les «mauvais élèves» empêchent les bons éléments de se développer et les plaintes justifiées de leurs parents qui en découlent. La conjonction de ces différents éléments ont poussés les chefs d’établissement à ne plus suivre aveuglement les mots d’ordre des idéologues en rupture de réalité et d’appliquer leur règlement en toute objectivité. Qui peut le leur reprocher ?

Mais les mêmes super-pédagogues et sociologues évidemment. Pour eux, celui qui applique la loi, qui prend ses responsabilités en appliquant son propre règlement a, par principe, la vue courte parce qu’il est supposé n’avoir pas d’abord tenté la voie du dialogue, de la compréhension, de l’empathie, de la contextualisation, bref, de l’angélisme crétin. Rappelons, parce que cela semble nécessaire, que les écoles ne peuvent en aucun cas être des prisons (IPPJ) ou des asiles psychiatriques de substitution. Si tous les délinquants juvéniles devaient être enfermés, comme ce devrait être le cas, l’impunité cesserait de facto et certains «élèves difficiles» pourraient y trouver motif à calmer leurs ardeurs. Aujourd’hui, en raison du manque de place chronique dans les IPPJ, de très nombreux délinquants juvéniles reviennent à l’école après leurs forfaits (parfois gravissimes) et atteignent le statut de caïd voire de héros aux yeux d’un grand nombre de leurs condisciples.

Se pose enfin la vraie et seule question qui ai du sens dans ce débat: que faire des élèves définitivement réfractaires à toute forme d’enseignement et à la moindre discipline une fois exclus de nos établissement ? Chaque citoyen doit se poser cette question. Quelle société et donc quelle école voulons-nous construire pour les générations qui viennent ?

Une école où l’on forme les élites de demain, les travailleurs qui par leurs impôts maintiendront notre cadre de vie et surtout sa qualité, les parents de la prochaine génération, les citoyens responsables, dans l’ordre et la discipline en visant l’excellence et l’épanouissement du plus grand nombre, chacun à son niveau de talent ou une école multiculturelle de très bas niveau où l’on parque des individus écorchés qui y attendront d’atteindre l’âge requis pour émarger au CPAS ou au chômage ou d’atterrir en prison ? Sommes-nous d’accord de payer le chômage ou des allocations du CPAS à vie à ceux qui n’ont jamais fait un effort ou qui sont parfois carrément hostiles à nos valeurs et à notre civilisation ?

Au moment où ces lignes sont écrites, il est impossible d’avoir un débat sérieux sur l’immigration dans notre pays en raison des tabous, des lois dites antiracistes, de la puissance des lobbies immigrationnistes et du fait que les partis politiques en mal d’électeurs «nationaux» ont choisi d’ouvrir très largement leurs portes aux nouveaux Belges (au Parlement bruxellois, un député sur cinq est musulman). Ceux-ci, une fois élus, se caractérisent souvent par un militantisme effréné en faveur de la promotion et la protection de leur propre communauté et par un intérêt relatif pour les thèmes d’intérêt général.

Pourtant, l’immigration, et son prolongement au sein de nos écoles, doit être la question centrale. Chaque électeur doit faire fonctionner son esprit critique et faire le choix qui s’impose dans l’intérêt de sa famille. Chaque électeur doit se demander dans quel monde il souhaite vivre. Pour faire un choix sérieux et motivé, toutes les opinions doivent participer au débat. On en est loin en Belgique.

Le problème du décrochage scolaire et de l’invivabilité au sein de nombreuses écoles est évidemment celui de l’immigration. Les quatre chercheurs de l’ULB dont nous évoquons les travaux sont membres du Groupe de recherche sur les relations ethniques, les migrations et l’égalité (Germe). Ce sont donc bien les élèves allochtones en décrochage et/ou en révolte qui font l’objet de cette étude, il faut le rappeler. Oui, il faut le rappeler, parce qu’on occulte totalement le fait que de plus en plus d’élèves «de souche» décrochent également, surtout en raison d’une pauvreté qui gagne chaque jour du terrain. Pourtant, ceux-ci ne posent pas les mêmes problèmes d’agressivité et de violence. Voilà peut-être la preuve irréfutable que la fracture sociale n’est pas le seul élément à prendre en compte.

Notre conclusion, un peu cavalière reconnaissons-le, sera celle de Thierry Willemarck, le patron des patrons bruxellois: «il manque le coup de pied au cul», et plus qu’un à notre humble avis.

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