Devoir de mémoire: 22 septembre 1998 – Semira Adamu, par Patrick Sessler

Un ministre de l’IntérieuDevoir de mémoire: 22 septembre 1998  -  Semira Adamu, par Patrick Sesslerr qui démissionne, des policiers inculpés, des organisations de gauche hystériques, bref, le décès le 22 septembre 1998 de la demandeuse d’asile Semira Adamu (20 ans) fut un événement marquant de la fin du 20ème siècle dans notre pays. Ajoutons tout de suite qu’on a rarement vu dans notre histoire une telle instrumentalisation politique et médiatique de la souffrance humaine.

Semira Adamu était née le 15 avril 1978 à Kakaduna. Elle était une demandeuse d’asile nigériane qui prétendait fuir son pays pour échapper à un mariage forcé. Sa demande d’asile rejetée, elle avait été transférée au Centre de rapatriement 127bis à Steenokerzeel. Elle fut l’objet de plusieurs tentatives d’expulsions forcées par avions de ligne. Ces dernières ayant échoué, du fait de sa rébellion systématique.

Sixième tentative d’expulsion

Lors d’une sixième tentative d’expulsion vers Lomé au Togo, après avoir été conduite dans l’avion selon la procédure en vigueur, elle a commencé à crier à l’arrivée des passagers. Conformément aux procédures fixées par le ministère de l’intérieur, les 9 gendarmes l’accompagnant ont alors décidé d’appliquer la «technique du coussin». Victime d’un arrêt respiratoire, le pilote fit appeler une équipe médicale. Après les manœuvres de réanimation, elle fut transférée dans le coma sous surveillance policière aux urgences des Cliniques Universitaires saint-Luc.

Le président de la Ligue des droits de l’homme et des journalistes se sont alors présentés, entraînant la formation d’une cellule de crise. Le décès de Semira Adamu fut constaté à 21h30 et annoncé comme accidentel par le directeur de l’hôpital en conférence de presse.

Les autorités judiciaires réagirent tout d’abord par un communiqué affirmant que ce décès était dû à une hémorragie survenue de manière accidentelle et sans rapport avec l’expulsion, thèse soutenue par le communiqué médical de l’hôpital Saint-Luc.

Enquête judiciaire

La responsabilité de la mort de Semira Adamu incombe directement et sans le moindre doute au «collectif citoyen» qui l’assistait dans sa demande d’asile. Ce sont les membres de ce «collectif» qui ont conseillé à cette jeune africaine de se rebeller en hurlant et en se débattant avec rage pour émouvoir les autres passagers de l’avion et obliger le pilote à refuser de décoller pour des raisons de sécurité évidentes. Le but est évidemment de repousser le plus possible le moment de l’expulsion en attendant une éventuelle régularisation de la personne en situation illégale ou ayant tenté d’abuser du droit d’asile.

Une enquête judiciaire fut ouverte, tout d’abord pour déterminer la responsabilité du «collectif citoyen». Ce soutien aurait en effet été à l’origine de sa rébellion, cause directe de sa mort. Cependant, face à l’indignation du monde associatif et de plusieurs parlementaires, cette hypothèse fut abandonnée. La grosse machine à gommer la vérité s’était mise en marche. Cette vérité n’était pas du tout politiquement correcte, ce ne pouvait donc pas être LA vérité. Du coup, il fallait trouver des causes «acceptables» à ce tragique accident. Il fallait que des têtes roulent. Première victime, Louis Tobback, Ministre de l’Intérieur. Il a la tutelle sur les services de police qui réalisent les expulsions et il est le responsable politique des procédures en vigueur, y compris de la technique dite «du coussin».

Des associations comme Amnesty International ou Human Rights Watch, largement relayée par la presse, condamnent ces procédures. Les policiers sont unanimement traînés dans la boue par les donneurs de leçons, politiques, médiatiques et associatifs. Trois jours après les faits, Louis Tobback se déclare “profondément choqué par ces événements tragiques” et annonce la suspension temporaire de toutes les procédures d’expulsions forcées programmées. Quelques heures plus tard il annonce sa démission du gouvernement. Quel déchirement pour un «homme de gauche» que d’être responsable d’une police qualifiée de coercitive voire protofasciste. Il aurait pu vraiment prendre ses responsabilités et défendre sa police, ses fonctionnaires qui font leur travail dans des conditions extrêmement difficiles face à des personnes qui ont été excitées à l’extrême par des «collectifs citoyens» irresponsables et inciviques et face à une haine de tout ce qui incarne de près ou de loin l’ordre et la loi y compris de la part de nombreux acteurs politiques et médiatiques (pour ne pas dire de la majorité !). Non, Tobback a préféré la solution de facilité et apparaître auprès de son public de gauchistes inciviques comme un héros et même une sorte de victime. Nauséeux.

Un hommage funèbre, auquel plus de 6.000 personnes assistèrent, fut rendu le 26 septembre à la Cathédrale Sainte-Gudule de Bruxelles. Des obsèques de chef d’Etat où le banc et l’arrière banc de la volaille politique se devaient d’être vus et si possible filmés.

Responsabilité judiciaire

L’enquête abouti à l’inculpation des 9 gendarmes ayant appliqué les procédures d’expulsion. A l’issue du procès qui eut lieu le 23 décembre 2003, cinq des 9 gendarmes furent acquittés de tous les chefs d’inculpation. Les quatre autres furent condamnés pour le seul chef d’inculpation de «coups et blessures involontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner» à une peine d’emprisonnement d’un an et quatorze mois avec sursis et cinq cent euros d’amende.

La responsabilité civile de l’Etat Belge fut reconnue, entraînant une amende de vingt mille euros.

Comment veut-on que nos policiers se sentent bien dans leur peau quand ils ne sont pas soutenu par leur ministre de tutelle, qu’ils sont médiatiquement lynchés et judiciairement poursuivis alors qu’ils n’ont fait que leur devoir.

Le cynisme de cette lamentable affaire est que ceux qui sont directement responsables de la mort de cette jeune illégale s’en sortent avec les honneurs et la reconnaissance éternelle du «peuple de gauche» tandis que ceux qui appliquent les lois de ce pays sont voués aux gémonies et traînés dans des procès dont les jugements DOIVENT être le reflet de l’air du temps, c’est-à-dire le reflet de ce que veut une minorité ultra agissante dont l’importance médiatique et l’influence politique est inversement proportionnelle à sa légitimité démocratique.

En 1998, j’étais conseiller communal dans ma bonne commune de Schaerbeek. Comme il fallait s’y attendre, les partis de gauche, dont les verts, par la voix de Luc Denys (Agalev) voulaient à tous prix marquer symboliquement le coup suite au décès de Semira Adamu. On ne dira jamais assez combien un événement comme celui-là est de l’eau bénite pour ces éternels agités. Leur «petite» idée était de rebaptiser le prolongement du Boulevard Jacqmain en Boulevard Semira Adamu. Proche de l’apoplexie, je déposais en toute urgence une contre-proposition visant à rebaptiser l’artère Boulevard Patrick Mombaerts, du nom de ce jeune homme de trente ans, père de famille, tué par une barre de fer qui lui a traversé le crâne. La barre de fer avait été lancée par un jeune allochtone de 13 ans. Ce choix devait être un hommage rendu aux centaines de victimes de la criminalité étrangère à Bruxelles et dans le pays. Finalement, cette artère devint le Boulevard Albert II et la gauche a pu ranger leur «géniale» proposition dans leurs archives. Soulagement.

22 septembre 2013

Ce 22 septembre 2013, un meeting musical en hommage à Semira Adamu s’est tenu à Bruxelles, place Rouppe. Cet hommage est organisé notamment par Bruxelles Laïque avec le soutien de: CRER, CRACPE, Ligue des Droits de l’Homme, Cire, FGTB, CNE, JOC, MOC, CNCD-11.11.11, PAC, UPJB, PTB, Ecolo Bxl, Egalité, LCR, JAC, Groen, Sireas, Déclic, etc.

L’action avait notamment pour objectif de dénoncer les politiques migratoires belges.

«Chaque année, nous nous rassemblons pour commémorer le triste anniversaire de la mort de Semira Adamu, assassinée par l’Etat belge dans le cadre d’un durcissement de sa politique d’expulsion. Son décès avait, à l’époque, suscité beaucoup d’émotion et une prise de conscience de la réalité des centres fermés. Il avait également attiré l’attention sur les aspects les plus répressifs de la politique de migration et d’asile», a expliqué Mathieu Bietlot, coordinateur de Bruxelles Laïque.

«Evoquer sa mémoire est une façon de continuer à sensibiliser la population à ces problématiques et aux violations régulières des droits humains qui en découlent. Les expulsions se font de plus en plus par vols collectifs et militarisés sans témoins extérieurs. Depuis 15 ans, la ‘technique du coussin’ n’existe plus mais d’autres techniques dangereuses sont utilisées lors des expulsions. Nous demandons donc la suppression des centres fermés et l’interdiction des expulsions sous contraintes dont les coûts humain et financier sont trop élevés», a-t-il ajouté.

Pour Monsieur Bietlot, la présence sur notre territoire de dizaines de milliers d’illégaux, qui jouissent du droit à l’aide médicale et qui occupent même des logements sociaux et qui travaille souvent en noir coûtent moins chers que les expulsions. C’est noté.

Notre devoir de mémoire, en l’occurrence, consiste à garder à l’esprit qu’en ces temps d’inversement des valeurs, les assassins sont les héros et les policiers des hors-la-loi. Et pour le démontrer, nos directeurs de conscience autoproclamés n’hésitent pas à instrumentaliser la mort accidentelle d’une pauvre africaine. George Orwell ne montrait rien d’autre dans son prophétique 1984. Comment est-il possible d’encore tomber dans des pièges aussi grossiers, en 2013 comme en 1998 ?

Patrick Sessler,
Ancien député bruxellois,
Ancien conseiller communal à Schaerbeek

Une réflexion au sujet de « Devoir de mémoire: 22 septembre 1998 – Semira Adamu, par Patrick Sessler »

  1. Cobut

    Si temps d’énergie était développée pour renvoyer Belcacem et les autres et aussi l’ex d’une ministre bien connue qui a divorcé un mois la Belgique irait beaucoup mieux un journaliste qui se fait tabasser et qui pète un peut les plomb on lui fout sa vie en l’air mais les insultes de criminels notoires cela n’est rien on laisse faire même menacer notre démocratie il y a à se demander ci elle existe encore je me pose la question faut il avoir un voile ou une djélaba dans ce pays pour avoir des droits

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