Bouillabaisse journalistique: culture et génétique, par Patrick Sessler

Je lisais en somnolant la derniBouillabaisse journalistique: culture et génétique, par Patrick Sesslerère livraison du Vif/L’Express (1), un œil déjà fermé, je me laissais bercer par le dernier slogan à la mode, «La Belgique décomplexée», visant à effacer en quelques matches de football l’échec complet des politiques dites d’intégration. Vincent Kompany et Stromae incarnent, nous dit-on, un modèle d’intégration parfait qui doit nous faire oublier les zones de non-droit, la composition de la population carcérale, les voleurs d’enfants roms, les illégaux sidaïques et, entre autres, les viols collectifs. Ce qui n’enlève rien au fait que nos deux vedettes sont talentueuses et éminemment sympathiques et qu’elles ne peuvent en aucun cas être liées aux horreurs citées, mais, pour quelques exemples positifs, combien de dérapages ?

Pratiquement évanoui de lassitude, j’arrive à aborder l’article suivant intitulé «Les patrons belges ont la classe»: on y vante les mérites multiples de nos hommes d’affaires et on a raison de s’intéresser de temps en temps à ceux qui parviennent encore à faire tourner la machine économique malgré les diktats de l’Union européenne, le labyrinthe administratif belge, le sabotage des syndicats politisés, une fiscalité qui relève de la lutte des classes et la complaisance des médecins de famille. Mais, d’un coup, je sors de ma torpeur. Un intertitre me laisse pantois: «Double patrimoine génétique». La journaliste s’est visiblement laissé entraîner par son enthousiasme: «Issu d’une culture mixte, à la fois latine et germanique, le patron belge dispose quasi d’un double patrimoine génétique». Voilà où la déliquescence de notre enseignement nous mène. Je ne connais pas l’âge de la journaliste qui a pondu une telle énormité, mais comme le niveau de nos écoles en Communauté française est au plus bas depuis quelques décennies, elle ne peut donc qu’en être le pauvre produit.

Sans vouloir jouer les Schtroumpfs à lunettes, il faut tout de même remettre les choses à leur place.

On désigne par patrimoine génétique l’ensemble du génome d’un organisme, c’est-à-dire les différents allèles des gènes que possède un individu. Le patrimoine génétique se transmet génétiquement de génération en génération selon le type de reproduction de l’organisme. Il évolue, par le jeu de la reproduction sexuée, et via les mutations non délétères du génome, quand elles sont conservées ou favorisées par la sélection naturelle. Le patrimoine génétique est la part d’inné qui est en nous. Chaque individu possède son propre code génétique et donc son propre patrimoine génétique. Ce code étant unique, il ne peut en aucun cas être «double»

Par contre le mot culture désigne ce qui est différent de la nature, c’est-à-dire ce qui est de l’ordre de l’acquis et non de l’inné.

Les patrons belges, s’ils ont peut-être de la classe, comme le dit la journaliste du Vif/L’Express, ne possèdent pas pour autant un «double» patrimoine génétique qui se développerait en cultures multiples. La pauvresse de Vif en a fait une bouillabaisse.

Allons, ne soyons pas trop sévère et contentons-nous de dire que nous devons tous être vigilants avant de coucher un texte sur le papier et les professionnels sans aucun doute plus que les autres.

(1) du 18 octobre 2013

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