Devoir de mémoire: L’affaire Bruno Togni (1982), par Frédéric Erens et Patrick Sessler

Devoir de mémoire: L’affaire Bruno Togni (1982), par Frédéric Erens et Patrick sessler“Aucune ligue des droits de l’homme n’a élevé de protestation. Les mouvements «progressistes» n’ont pas manifesté dans les rues. Le Parlement n’a pas tremblé d’indignation… Bruno Togni, il est vrai, n’avait pas la chance d’être Nord-Africain, Turc ou Patagon: juste un petit Belge honnête, tranquille, qui terminait sa dernière année d’humanités scientifique».

C’est en ces termes que commence l’article que le journaliste Michel Marteau consacrait à «l’Affaire Bruno Togni» dans Le Soir Illustré du 25 mars 1982.

L’article en question, intitulé «Massacré par une bande de voyous !» plante d’emblée le décor: «Pris à partie par des Nord-Africains dans une soirée dansante, Bruno Togni, étudiant bien tranquille, a été assassiné de la plus horrible façon sous les yeux de ses copains. Un fait divers atroce qui, une fois de plus, amène les Bruxellois à s’interroger: «Sommes-nous encore en sécurité chez nous ?».

Trente ans plus tard

Trente ans plus tard, nous pouvons répondre à Michel Marteau que sa question était pertinente, que la réponse est non, nous ne sommes pas en sécurité chez nous, et que personne parmi les décideurs n’ont pu ou voulu tirer les conséquences de ce drame ni des centaines qui ont suivi: pensons à Patrick Mombaerts, ce jeune électricien dont la tête a été transpercée par une barre de fer lancée par un Marocain de 13 ans le 27 novembre 1998 (le Tribunal de la Jeunesse s’est contenté de le sermonner et de lui infliger une amende. Plus tard, il deviendra chef de bande dans le quartier de la «Cage aux ours»). Pensons au jeune Joe Van Holsbeeck, tué dans le hall de la Gare centrale de Bruxelles le 12 avril 2006 par un Rom de nationalité polonaise (quelque temps après son crimDevoir de mémoire: L’affaire Bruno Togni (1982), par Frédéric Erens et Patrick sesslere, on l’a vu assister à un match de football, délassement prévu pour les jeunes délinquants. Le 6 décembre 2007, il était déclaré coupable du meurtre de Joe Van Holsbeeck. Il avait été placé en centre fermé et devait y rester jusqu’en octobre 2009. Mais la justice a estimé qu’il était prêt à retrouver la vie sociale plus tôt que prévu).

Pensons à tous les autres dont la presse nous a relaté les drames et ceux bien plus nombreux encore dont le martyr est passé médiatiquement inaperçu. Pensons également à Madame Marion Van San, cette sociologue néerlandaise qui avait réalisé une étude pour le compte du gouvernement sur le lien qui existe entre criminalité et immigration. Son étude est restée plusieurs années dans le tiroir du ministre Verwilghen avant que, sous la pression du Vlaams Belang, le document soit enfin publié avec pour conséquence directe un déchaînement de haine jamais vu de la part des «bien-pensants» à l’égard de cette scientifique pourtant internationalement connue pour son sérieux.

Février 1982

En février 1982, un vendredi soir, des jeunes de l’école Notre-Dame de la Paix organisent une soirée dansante privée dans une salle des fêtes gérée par la commune de Schaerbeek. Les invitations sont exigées à l’entrée. Vers 23 heures, de jeunes Nord-Africains parviennent à forcer l’entrée de la salle: une heure plus tard, ils sont plus de quarante. Les insultes fusent: «sales Belges»… Ensuite, ils entourent Bruno: «Donne-moi ton portefeuille» dit l’un d’eux. Bruno refuse, évidemment. Soudain, Bruno reçoit un  terrible coup de tête en pleine figure.

Deux autres crapules attrapent Bruno par les bras et le projettent au milieu d’un autre groupe de Nord-Africains. Bruno est à genoux. Il reçoit des coups de pieds dans la figure, de tous les côtés à la fois. Il saigne par la bouche. Personne ne bouge. Ce déferlement de violence barbare tétanise les autres jeunes autochtones et les choses se passent très vite.

Un jeune Arabe de 16 ans sort un couteau, pas n’importe lequel, un couteau de plongeur de trente centimètres, terriblement effilé. Bruno reçoit trois coups dans la cuisse, un dans le poumon et un à hauteur des reins. L’artère fémorale est sectionnée. «Il pisse de sang. C’est bien fait pour sa gueule ! Fichons le camp !» ont dit les Nord-Africains avant de détaler. La police et l’ambulance arrive très vite, mais pour Bruno, c’est trop tard. Une demi-heure plus tard, il meurt dans les bras d’un de ses copains à l’hôpital de Schaerbeek. Une famille est anéantie.

La police arrêtent plusieurs des agresseurs, tous connus de la police pour de nombreux faits mais toujours relâchés parce que mineurs d’âge.

Marre, vous entendez ! Marre !

Le père d’une amie de Bruno qui a assisté au carnage lance au journaliste: «Ras-le-bol de toutes ces crapules qui font la loi à Bruxelles ! La guerre est déclarée… Il faut que nous apprenions à nous défendre, à nous organiser. Sinon, nous allons nous faire égorger comme des moutons, les uns après les autres ! Je ne suis pas un type violent, ni intolérant. Mais, comme la plupart des Bruxellois j’en ai plus qu’assez… Mes filles ne peuvent pluDevoir de mémoire: L’affaire Bruno Togni (1982), par Frédéric Erens et Patrick sesslers se promener en ville sans se faire taper sur les fesses ou se faire insulter par ces espèces de débiles lubriques, des crapules qui se promènent ici comme en pays conquis. Marre, vous entendez ! Marre !». Trente ans plus tard, la situation est la même, faut-il le dire ?

Le commissaire en chef de Schaerbeek de l’époque, M. Smets, avoue son impuissance: «Si nous connaissons tous ces délinquants ? Bien évidemment: beaucoup sont d’ailleurs fichés. Mais la plupart d’entre eux sont mineurs d’âge. Nous les interpellons, nous les envoyons au Palais de Justice… et ils viennent nous narguer sous nos fenêtres deux heures plus tard !». Trente ans plus tard, la situation est la même, faut-il le dire ?

Universitaires qui donnent la nausée

En trente années, non seulement la situation ne s’est pas améliorée, mais elle a empiré. Il n’est pas contestable qu’il existe un lien direct entre immigration et criminalité.

Pourtant, le monde académique ne semble pas encore avoir compris ce que la plupart des Bruxellois de souche savent depuis trois décennies. Suite à l’assassinat de Joe Van Holsbeeck, nous relevons trois réactions d’éminents universitaires qui donnent la nausée: Claude Javeau, sociologue et professeur émérite à l’université libre de Bruxelles (ULB), situe l’origine du drame dans l’exclusion des immigrés, et le vol emblématique d’un objet de la culture moderne, dont une partie des jeunes, notamment immigrés, sont exclus.

Cette analyse est partiellement partagée par Jean-Jacques Jespers, professeur au département information et communication de l’ULB, qui estime que malgré un fort quota d’élus issus de l’immigration, la discrimination et le repli identitaire persistent.

Ces considérations ne résolvent cependant pas la question première pour Guy Haarscher, philosophe et professeur à l’ULB, qui estime que si la frustration s’exprime directement par un meurtre, c’est le contrôle des pulsions par la civilisation qui est en question.

Il y a vraiment des coups de pieds au c… qui se perdent.

Pourtant, c’est leur avis qui est sollicité dans les médias, les colloques, les cabinets ministériels. Tout avis divergeant, comme de penser par exemple que ces phénomènes de violences ne doivent pas être appréhendés au travers du prisme social, mais comme un problème de police vis-à-vis d’individus issus de cultures où prime d’abord et avant tout le rapport de force et qu’il faut donc y répondre avec la plus grande fermeté, la plus grande force et sans pitié, est systématiquement exclu du débat.

Rien n’a changé

Non, rien n’a changé, sauf peut-être qu’aujourd’hui, en 2013, la liberté d’expression est réduite à néant en ce qui concerne les questions liées à l’immigration.

Michel Marteau concluait son article sur «L’affaire Bruno Togni» sous forme d’un cri, d’une supplique qui nous serre le cœur: «Les représentants du peuple belge ont déjà voté une loi dite «antiraciste» voici quelques mois. Bien. Pensons maintenant aux victimes des voyous. Occupons-nous d’elles. Ce ne sont que de petits Belges, mais ils méritent certainement un peu d’attention. Eux aussi…».

En 2013, le texte de Michel Marteau n’aurait pas été publié et s’il l’avait publié lui-même sur Internet, il aurait été poursuivi pas le Centre pour l’égalité des chances et par la Ligue des droits de l’homme. Oui, sur ce plan-là, les choses ont bien changé !

Pensons à ces vies brisées, à ces enfants et petits-enfants qui ne sont pas nés, aux enfants de Patrick Mombaerts qui ont dû grandir sans leur papa. Pensons à toutes les victimes qui ne sont plus là et à leurs familles qui souffrent de la perte d’un être cher parce que ceux qui ont la responsabilité de notre sécurité depuis trente ans n’ont rien voulu voir, par bêtise ou par ignoble calcul électoral. Quel gâchis !

Frédéric Erens & Patrick Sessler

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